12,3 millions d’enfants retournent à l’école

12,3 millions d’enfants retournent à l’école

La rentrée des classes sonne l’heure du bilan de la scolarité en Afrique du Sud. Défauts d’infrastructures, enseignants à peine formés, niveau des élèves déplorable… A quoi mène le chemin vers l’école ? A travers le défi colossal de l’éducation se joue l’avenir du pays. Regards croisés avec la France. 

C’est la rentrée ! Le mercredi 14 janvier pour une moitié du pays dont Johannesburg, le 21 janvier pour l’autre moitié dont Le Cap. 12,3 millions d’écoliers sud-africains fréquentent le primaire ou le secondaire. Un nombre très proche de celui de la France, qui en compte 12,2 millions. En France, les élèves se répartissent dans 64.000 écoles alors qu’elles ne sont que 26.000 en Afrique du Sud. Dans ce pays, certaines classes ont lieu dans des modules mobiles provisoires – depuis 5 ans ! Des écoles subsistent sans toilettes raccordées aux égouts, et sans eau courante.* Parfois, les enfants s’entassent à 100 dans une salle prévue pour 40, et les bureaux individuels sont partagés à plusieurs. Les enseignants, peu formés, maitrisent mal les programmes.

La fréquentation et le niveau des élèves sont préoccupants.
Obligatoire de 7 à 15 ans, l’école est largement fréquentée à partir de 5 ans. Pour des millions d’élèves, l’école est entièrement gratuite et le repas offert. Mais dans les conditions d’accueil parfois difficiles, l’alphabétisation n’est acquise que pour 40% des élèves au niveau « grade 4 » (équivalent CM1). Les élèves au niveau 9 (équivalent 3ème), ne sont que 10% à réussir les standards mathématiques internationaux prévus pour leur âge. Les décrochages scolaires sont massifs à partir de la classe 10 (équivalent de la seconde). Préférant gagner de l’argent plutôt que d’en dépenser en uniforme ou en transport, sortis de leur classe d’âge à force de redoublements, les élèves les moins bons sont pressés vers la sortie par des directeurs d’école qui surveillent leur taux de réussite à l’examen final. Très peu de filières techniques peuvent les accueillir. Moins de 40%** d’une classe d’âge obtiennent leur Matric (équivalent du baccalauréat). Ce taux est comparable à celui des bacheliers français vers la fin des années 80. Aujourd’hui la France compte 77% de jeunes d’une classe d’âge diplômés du baccalauréat, dont 1 sur 3 en filière professionnelle, une filière créée justement pour pouvoir augmenter l’accès au bac. Parmi les «matriculés» sud-africains, seuls 28% en 2014, soit 11% de la classe d’âge, peuvent prétendre à des études supérieures (grâce à une mention « Bachelor » obtenue à leur Matric). Alors que 2,4 millions d’étudiants suivent des cours dans l’enseignement supérieur au pays de Jules Ferry, ils sont moins d’un million en Afrique du Sud.

Un défi énorme et essentiel.
Une étude de 2011 de Statistics SA montre la corrélation directe entre le niveau de vie et la scolarisation des individus. Parmi les personnes interrogées, 67% de ceux qui n’ont pas été scolarisés vivent dans la pauvreté à l’heure de l’étude, 60% de ceux qui ont fréquenté l’école primaire, 44% de ceux qui ont été au secondaire, et 24% pour ceux qui sont arrivés en dernière année de leur scolarité. Enfin, « seulement » 5% de ceux qui ont poursuivi à l’université entrent dans la catégorie des « pauvres ». Ce qui confirme combien l’éducation est une arme efficace contre la pauvreté.

Les jeunes sont le centre de gravité de la société sud-africaine. Alors que les moins de 18 ans représentent 20% de la population française, ils pèsent pour 35% des Sud-africains! D’où l’ampleur de la tâche pour tirer les écoles vers le haut. Avec 254 milliards de rands dépensés, soit moins de 20 milliards d’euros – contre 88 milliards en France en 2015 - l’éducation est le premier budget de l’état dont il représente 20%. Malgré le poids apparent des moyens attribués, l’éducation est-elle traitée comme une priorité?

Un combat mené sans foi.
En commentant le taux de réussite au Matric en légère diminution avec 75,8%, la ministre de l’éducation Angie Motshekga a aussitôt excusé cette baisse par les difficultés conceptuelles du nouveau programme du lycée – qu’il aurait peut-être fallu soutenir par plus de formations pour les professeurs. La question du nombre absolu d’élèves qui réussissent l’examen et de ceux qui poursuivent leurs études, tous les deux en baisse, ont été évacuées. En revanche, l’équipement de certains élèves de townships en tablettes numériques qui a démarré cette année a été largement médiatisé. Comparé aux autres chantiers à adresser, l’image est certainement séduisante, mais le retour sur investissement de ce projet reste difficile à mesurer.

Nombre d’exemples illustrent la tiédeur face à l’importance de l’éducation. Certains directeurs d’écoles (gratuites !) font barrage aux élèves dont les parents n’ont pas payé une «donation », les empêchant de rentrer dans la classe supérieure. Aussi, un scandale de tricherie de masse dans lequel seraient impliqués les surveillants des épreuves de Matric en 2014, entache un peu plus la crédibilité du système.

Le manque de conviction est criant à l’annonce des résultats du Matric 2014, qui a eu lieu sur les plateaux de la SABC TV. La chaine de télé était représentée par son directeur général, Hlaudi Motsoeneng. Celui-ci, qui de façon notoire n’a jamais obtenu son diplôme de Matric, s’est adressé aux élèves en rappelant qu’il est « très important » de l’obtenir! Il y a deux ans alors que les livres scolaires n’étaient pas livrés quelques mois après la rentrée, la ministre Motshekga  s’était exclamée face aux critiques « Le standard requis pour ce ministère n’est pas la perfection » !

Loin d’inspirer une volonté d’excellence, les autorités en charge de l’éducation transmettent par l’exemple, l’absence d’exigence en matière de scolarité.

Article by Lisa Binet, first published in www.lepetitjournal.com

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