25% de maïs en moins.

25% de maïs en moins.

Une sévère sécheresse sévit cette année sur la majorité du pays. En conséquence, les prévisions de récoltes sont mauvaises. Mais les problèmes soulevés par la pénurie d’eau ne s’arrêtent pas là. Etat des lieux à la fin de la saison des pluies.

L’Afrique du Sud est un pays relativement aride. Son taux de précipitation annuel est de 495mm par an, contre une moyenne mondiale de 1033mm. La saison des pluies court d’octobre à mars, à l’exclusion de sa partie sud-ouest. Sur l’été 2014-2015, le taux moyen de précipitation a été nettement inférieur à la moyenne. Après le Kwazulu-Natal à la fin 2014, le Cap Occidental, l’Etat-Libre, le Limpopo et le Cap du Nord pourraient être déclarés officiellement en sécheresse – la pire sécheresse que l’Afrique du Sud ait connue depuis 1992 selon l’agence Weather SA.

Les conséquences sur les cultures
Les récoltes de maïs, la culture la plus importante du pays, ont sévèrement chuté – d’un quart, jusqu’à un tiers de sa production habituelle selon les estimations. La variété jaune de maïs, qui nourrit le bétail, devra être importée d’Amérique latine à partir des mois prochains et sur au moins un an. En augmentant les coûts d’élevage, le coût de la viande va subir de fortes pressions. Pour ce qui est de la variété blanche de maïs, principal ingrédient du « pap » l’aliment de base d’une grande partie de la population, la quantité produite étant en baisse, son prix sera revu à la hausse. Selon les estimations, l’inflation sur la nourriture devrait atteindre deux chiffres. Jusqu’à 30% d’augmentation serait à envisager selon le parti d’opposition l’Alliance Démocratique.
Si la sécheresse devait se prolonger sur plusieurs années, la terre deviendrait très appauvrie, impossible à cultiver. En1992-93, des milliers de fermiers ont quitté la campagne. Aujourd’hui encore, ils risquent de perdre leur emploi, de vendre leur terre, et au final, de quitter les zones rurales pour chercher en ville, des moyens pour subvenir à leurs besoins.

Réchauffement climatique et sécheresse
El niño, phénomène météorologique qui agite le climat, serait en partie responsable de la sécheresse actuelle. Plus violents en ce 21ème siècle du fait du réchauffement climatique, El niño pourrait revenir plus fréquemment générer des orages et des sécheresses, accélérant le rythme des destructions liées à son passage. Cependant, les récentes observations par satellite de la végétation sur le continent africain, montrent une nette évolution depuis 2001 : des pays tels que le Congo ou le Nigéria vont en s’asséchant, recevant moins d’eau avec le temps sur la période étudiée. Mais il en va différemment pour certaines zones arides. Le Limpopo et le Mpumalanga, tout comme une partie du Sahel, deviennent sur le long terme de plus en plus verts.  L’anticipation des changements climatiques et ses conséquences s’avère aussi complexe et incertaine que la prévision météorologique !

La guerre de l’eau aura t’elle lieu ?
L’étude de l’institut des recherches sur la sécurité (Institute of Security Studies) intitulé Sèches perspectives est plus inquiétante. Elle affirme que « l’Afrique du sud fait potentiellement face à une crise de l’eau”.
Officiellement, 95% des Sud-Africains ont accès à l’eau courante, mais dans la réalité, 18 millions, soit un tiers d’entre eux, n’auraient pas un accès permanent. La moitié des stations d’épuration seraient hors service, rejetant dans les rivières des eaux usagées. Dans certaines localités, la crise de l’eau est source de vives tensions. De violentes manifestations ont eu lieu dans les dernières semaines du côté d’Hartebeespoort, dans la municipalité de Madibeng, en protestations contre des services déficients de distribution d’eau.
Mais l’eau de pluie ne fait pas l’eau courante. Une étude de Afrobarometer met en évidence un phénomène contre-intuitif : plus un pays est aride et sec, plus sa population… accède à l’eau, et à l’inverse, les régions tropicales qui bénéficient d’un taux de précipitation trois fois plus élevé que les autres, sont celles qui risquent le plus de souffrir… du manque d’eau ! Les hypothèses d’explication sont que dans les zones plus arides, les pays sont plus riches car ils bénéficient de ressources naturelles telles que du pétrole ou des minerais, et peuvent donc développer des services pour leurs habitants. D’autre part, dans les zones humides, l’accès à l’eau, bien que difficile, est rarement mis en avant comme une politique prioritaire. La gouvernance de l’eau serait au final plus importante que la ressource pluviale. Bien qu’on ne puisse rien contre la sécheresse, la gestion de l’eau quant à elle, reste entre nos mains.
Lisa Binet, first published 26 March 2015, in www.lepetitjournal.com/Johannesbourg. Picture MediaClubSA

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