1100 résidants, tous Afrikaners.

1100 résidants, tous Afrikaners.

Le village d’Orania, composé exclusivement de «Blancs» d’origine boer, coule des jours paisibles dans le Karoo. Pendant ce temps dans le Limpopo, les Tsongas défient violemment l’autorité politique de leurs voisins Vendas. A cor et à cri, les habitants de Malamulele revendiquent une municipalité indépendante. Pour vivre heureux vivons séparés?

Après 6 semaines de baraquement, la communauté de Malamulele dans le Limpopo, à majorité Tsonga, vient de suspendre ses manifestations contre les autorités municipales Venda. Les habitants dénoncent la gestion partisane de la municipalité locale de Thulamela, gérée par les Venda-phones. Selon les représentants des manifestations, leurs droits élémentaires sont ignorés : les services d’eau courante et d’évacuation des eaux usagées ne parviennent qu’aux communautés parlant le TshiVenda. Depuis un an, les résidants de la région de Malamulele réclament une municipalité locale indépendante. Il y a 15 jours, le conseil de démarcation des municipalités en a décidé autrement. Selon ce conseil, l’interdépendance économique des communautés, l’existence et la qualité des transports sont pris en considération pour définir les municipalités. L’histoire des migrations et de l’organisation géographique de l’ancien Transvaal est fortement marquée par la colonisation et l’apartheid. Les mouvements et les lignes de démarcations ont été forcés sur une population locale sous-privilégiée. « Nous voulons transformer radicalement la façon dont les municipalités sont gérées » déclare le ministre de la gouvernance coopérative, Pravin Gordhan au Mail&Guardian, «notre injonction aux municipalités quelque soit leur parti politique, est d’écouter le peuple et de le mettre au premier plan de leurs priorités». Depuis le début de l’année, les manifestants avaient bloqué les routes et interdit à 75.000 enfants d’aller à l’école. Suite au verdict du gouvernement qui a refusé la création d’une nouvelle municipalité, plusieurs bâtiments gouvernementaux et quatre écoles ont été incendiés.

Le long de la rivière Orange, à mi-chemin entre Le Cap et Pretoria.

Orania. Le nom de cette ville évoque étrangement celle d’Oran, théâtre de La Peste imaginée par Camus. Une ville fermée sur elle-même, auto-proclamée en quarantaine du reste du pays, à l’épreuve de la mixité raciale. Orania se rêve en volkstaat, un état afrikaner. « Nous ne sommes pas racistes », déclare le directeur de la municipalité Frans de Klerk au Mail&Guardian en novembre dernier, «nous voulons défendre notre culture et notre langue, nous ne cherchons pas écraser celle des autres». Orania expose fièrement une statue du buste de Hendrik Verwoerd, architecte de l’apartheid. La petite ville fondée en 1991 se targue d’un taux de réussite de 100% au Matric (l’équivalent du baccalauréat). Orania, c’est un morceau de terre de 430 hectares acheté pour 1,5millions de rands au nom d’une société privée il y a 25 ans. Des terres arables ont été achetées par la suite. Essentiellement fermiers, agriculteurs, ces Afrikaners ont choisi de vivre en autarcie ou presque à l’aube de la nouvelle Afrique du Sud. « Quand nous avons appris les lois sur la discrimination positive, nous avons su qu’il n’y avait pas d’avenir pour nous dans cette nouvelle république. » poursuit de Klerk. Le village imprime sa propre monnaie, indexée sur le rand. La constitution sud-africaine garantit le droit à l’autodétermination de toute communauté culturelle et de langue, établie sur son sol. Dans un jeu de miroir déformant, ce village improbable nous renvoie une image risible, ou horrifiante, de notre propre mode de vie. Et nous impose une réflexion sur la liberté: cette ville à taille humaine, où la solidarité n’est pas une utopie, qui ne connaît pas le crime, échappe à la main mise des institutions.  Et nous laisse entrevoir une forme de liberté devenue inespérée dans un monde globalisé. Lequel des deux est enfermé : celui qui vit dedans ou celui qui vit en dehors?

A la recherche d’un modèle de gouvernance

Après l’intervention de la police à Malamulele, les manifestants ont  accepté de soumettre un nouveau dossier pour leur municipalité indépendante d’ici un mois. Les écoliers sont enfin rentrés en classe cette semaine. Selon les analystes, même en s’associant à d’autres localités, il y a peu de chances que ce statut leur soit accordé, pour des raisons de coûts.

Nelson Mandela en 1995, dans un souci de réconciliation, et Jacob Zuma en 2010 ont visité Orania et salué leurs habitants, dont la veuve de Verdwoerd. Même si les idéaux affichés font grincer des dents, le visiteur ne peut que sourire face à la réussite. «Les gens cherchent une municipalité avec des services qui marchent» assure son directeur de Klerk. Cependant, malgré sa notoriété, la population de la ville n’augmente pas.  Avec ou sans la même idéologie, son modèle ne se reproduit pas. Orania reste unique en son genre.

Article by Lisa Binet, first published on www.lepetitjournal.com

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